Septembre 2018

Portrait. DR YANNICK RUELLE. LA MÉDECINE SALARIÉE, SINON RIEN

Laure Martin
Médecin généraliste au centre municipal de santé (CMS) Sainte-Marguerite à Pantin (Seine-Saint-Denis), le Dr Yannick Ruelle, 38 ans, a développé une approche sociale du soin. Il la met au service de ses patients et de ses étudiants de la faculté de médecine Paris-13 à Bobigny.

 

« Déjà tout petit, je voulais être médecin, se rappelle le Dr Ruelle. Pour moi, il y avait un côté un peu magique avec le praticien qui nous soigne dès que l’on est malade. » Son modèle ? « Mon médecin traitant ! Car personne dans mon entourage ne travaillait dans le secteur de la santé. » C’est à Nancy qu’il effectue tout son cursus, avec l’idée d’exercer la médecine générale, et pas une autre spécialité. Ses études le confortent dans son choix. Mais « plus je faisais des stages à l’hôpital, moins j’aimais ce que j’y voyais. Les relations étaient très hiérarchisées entre les professionnels, les prises en soins très spécialisées, aux dépens d’une vision globale des patients en tant que personnes. Cela m’a même fait douter quelque temps sur mon futur métier car, à l’époque, je n’avais pas non plus de vision de l’exercice de la médecine générale. »

Dans le cadre de son résidanat, son premier stage dans le cabinet d’un généraliste ne le rassure pas : médecin isolé, qui enchaîne les actes en adressant à peine la parole à ses patients. C’est sa deuxième expérience en stage ambulatoire en soins primaires en autonomie supervisée (SASPAS) qui va cette fois-ci le rassurer. « J’ai dû prendre une disponibilité pour effectuer ce stage car en 2007, nous essayions tout juste d’implanter les SASPAS pour augmenter la formation pratique des étudiants en médecine générale. Mais la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS) qui finançait les stages à l’époque, a refusé de budgéter mon projet. » Il effectue son SASPAS auprès d’un médecin exerçant seule dans une cité à proximité de Nancy, d’un praticien dans une maison de santé et d’un confrère dans un cabinet de groupe. « Ces trois médecins réunissaient la vision idéale que je me faisais de la médecine générale. Mais ce qui me dérangeait, c’était le côté libéral. » Et d’expliquer : « J’ai toujours considéré la santé comme un bien public indépendant des moyens des patients. Et réclamer un chèque à la fin de la consultation m’a toujours posé problème ».