Le Concours Médical
Mardi, Novembre 17, 2020

RENONCEMENT AUX SOINS. Comment lutter collectivement ?

Perfectibilité du système de santé, pratique individuelle et collective des professionnels de santé, sens du métier, place du social dans le champ sanitaire… La lutte contre le renoncement aux soins interroge à diverses échelles. Une démarche collective et collaborative qui doit être menée de front.

Ce que renoncer aux soins veut dire

Notre système de santé accorde encore peu de place à la question des inégalités sociales ou d’accès aux soins.
Quel est le rôle des travailleurs sociaux dans la mise en place d’une médecine plus sociale ?
Agir contre le renoncement aux soins interroge le professionnel de santé sur la conception qu'il a de sa pratique.

« La question des inégalités sociales de santé ou d’accès aux soins s’est invitée très tardivement dans le débat en France, souligne d’emblée Paul Dourgnon, économiste à l’Irdes*. C’est notamment lié à l’image dont jouit le système de santé français, réputé comme l’un des meilleurs au monde. » Si, en matière de lutte contre le renoncement aux soins, des éléments positifs peuvent être soulignés – exonération du ticket modérateur pour les patients en affection de longue durée ou encore complémentaire santé solidaire –, treize ans d’espérance de vie séparent les 5 % des hommes les plus riches des 5 % les plus pauvres, estime l’Observatoire des inégalités (2019). De plus, selon un sondage BVA pour France Assos Santé réalisé en novembre 2019, 63 % des sondés ont déjà renoncé ou reporté des soins, dont 41 % en raison du reste à charge.

Qu’entend-on par renoncement aux soins ? La terminologie mérite d’être précisée car, « avec ce terme, on part du principe que la personne renonce à se soigner, dénonce le Dr Didier Ménard, médecin généraliste ayant exercé au centre de santé communautaire La Place Santé (Seine-Saint-Denis). C’est un parti-pris de dire que cela relève de sa responsabilité. » Si le renoncement est « rarement défini » car « considéré comme suffisamment explicite », cette absence de définition « pose problème, dans la mesure où plusieurs significations peuvent être mobilisées selon les contextes d’usage, la plus courante étant une difficulté d’accès aux soins qui amène le sujet à les abandonner »**, explique Caroline Desprès, médecin anthropologue. Et, bien souvent, l’acte de renoncement est loin d’être intentionnel et s’explique par de multiples facteurs isolés ou cumulatifs. [...]

* Institut de recherche et documentation en économie de la santé.
** Le renoncement aux soins pour raisons financières, analyse socio-anthropologique, Caroline Desprès, Irdes, octobre 2011.

 

Auteurs: 
Laure Martin et Karen Ramsay